La question revient régulièrement : faut-il photographier en RAW ou en JPEG ?

Photo credit : Laurent DUFOUR – Autoportrait
Et à chaque fois, c’est reparti.
Les uns expliquent que le RAW est indispensable. Les autres répondent qu’ils font de très bonnes photos en JPEG depuis des années. N’est-ce pas Pascal
Et au milieu, quelques photographes se demandent surtout pourquoi ils devraient choisir entre les deux…
Les deux ne jouent simplement pas le même rôle.
Commençons par le commencement.
Lorsque l’on déclenche un appareil photo numérique, le capteur reçoit de la lumière et produit des données. Ces données doivent ensuite être interprétées pour devenir une photographie que nous pouvons regarder. En RAW, l’appareil conserve une grande quantité de ces données pour que le photographe puisse effectuer lui-même une partie importante de ce travail.
C’est pour cela qu’on compare souvent le RAW à un négatif numérique. Et cette comparaison me paraît plutôt bonne. Le RAW n’est pas vraiment « la photo ».
C’est plutôt la matière première de la photo.
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- Balance des blancs
- Contraste
- Hautes lumières
- Ombres
- Couleurs
- Réduction du bruit
- Netteté
Une grande partie de l’interprétation de l’image peut être faite plus tard. Et c’est précisément là que le RAW devient intéressant.
Le JPEG, lui, c’est un peu différent. L’appareil photo fait déjà une partie du travail.
Il prend les données issues du capteur, les interprète, applique les paramètres de rendu choisis par le constructeur ou par le photographe, puis produit une image JPEG.
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- Contraste.
- Couleurs.
- Balance des blancs.
- Accentuation.
- Réduction du bruit.
- Courbe de tonalité.
- Puis compression.
Le résultat est donc immédiatement exploitable. Et c’est justement le gros avantage du JPEG. On déclenche et on obtient une photographie !
Pas un fichier qu’il faudra nécessairement ouvrir dans Lightroom pendant dix minutes avant de pouvoir l’envoyer.
Petit détail important :
Dire que le RAW est toujours « non compressé » et que le JPEG est « compressé » est un raccourci. Certains formats RAW utilisent une compression sans perte, et certains peuvent même utiliser une compression avec perte. La vraie différence est surtout que le RAW conserve beaucoup plus d’informations issues de la capture et laisse davantage de latitude pour interpréter l’image ensuite.
C’est probablement là que le débat devient intéressant. RAW et JPEG ne sont pas deux philosophies photographiques. Ce sont deux façons différentes de gérer le fichier produit par l’appareil.
Le RAW dit :
« Je garde le maximum d’informations et je décide plus tard. »
Le JPEG dit :
« Je laisse l’appareil faire une partie du travail et je veux une image immédiatement utilisable. »
Et franchement…Les deux sont parfaitement légitimes. En tout cas de mon point de vue, cela se défend.
Parce qu’il donne beaucoup plus de marge au photographe.
Prenons une situation très classique : Vous photographiez dans la rue, le soleil apparaît entre deux immeubles, une partie de la scène est dans l’ombre, l’autre est brutalement éclairée. Vous déclenchez. En rentrant chez vous, vous vous rendez compte que les hautes lumières sont un peu trop fortes et que les ombres sont trop sombres. Que faire ?
Avec un RAW, vous disposez généralement de davantage d’informations pour récupérer une partie de ces détails. Vous pouvez également modifier largement la balance des blancs. Et c’est particulièrement intéressant en photographie de rue, de voyage, de paysage ou lorsque les conditions lumineuses changent très rapidement.
Le RAW offre donc quelque chose de très précieux : de la marge de manœuvre.
Mais attention : le RAW ne sauve pas tout. C’est probablement l’un des plus gros malentendus. On entend parfois : « Je shoote en RAW, donc je peux tout récupérer. »
Non !
Si une zone est complètement brûlée, aucune magie ne va recréer les détails qui n’ont jamais été enregistrés (Même si de nos jours l’IA commence à faire des miracles). Si une image est totalement floue, le RAW ne va pas rendre le sujet net. Si vous avez photographié à 1/15 s un sujet qui bouge rapidement, le RAW ne va pas transformer ça en photo prise au 1/1000 s.
Et si votre cadrage est mauvais…Eh bien…Comment vous dire…heu c’est la merdasse. Bref le RAW ne va pas vous donner un meilleur cadrage.
Et le JPEG peut être franchement excellent, voir indispensable, par exemple en photograhie de sport ou de presse, ou l'instantanéité et le critère le plus important. C'est là que je trouve que certains discours autour du RAW deviennent un peu excessifs. Un bon JPEG produit par un appareil moderne peut être de très bonne facture. Les fabricants ont passé des années à améliorer leurs algorithmes de traitement. Et certains appareils produisent des JPEG qui sont tellement bien travaillés qu'il est parfaitement inutile de passer systématiquement par Lightroom.
C'est particulièrement vrai lorsque :
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- la lumière est bonne ;
- l'exposition est correcte ;
- la balance des blancs est bonne ;
- le rendu couleur du boîtier vous convient ;
- vous n'avez pas besoin d'une grosse retouche ;
- vous voulez rapidement partager vos images.
Et il faut également se rappeler une chose : le JPEG est précisément le format que nous utilisons tous et partout, Instagram, Facebook, les sites internet, les messageries, les navigateurs…Tout cela travaille essentiellement avec des images déjà développées. Le JPEG n'est donc pas un mauvais format. C'est simplement un format final.
Là où le JPEG peut devenir problématique, c'est lorsqu'on lui demande beaucoup. Et on ve vas pas se mentir on est tous passé par là un jour ou l'autre.
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- Vous avez une photo sous-exposée de deux diaphragmes ?
- Vous voulez récupérer énormément de détails dans les ombres ?
- Vous voulez modifier fortement la balance des blancs ?
- Vous voulez transformer complètement le rendu des couleurs ?
- Vous voulez récupérer des hautes lumières très fortement surexposées ?
Vous essayez alors de triturer pour ne pas dire bidouiller vôtre JPEG, et vous êtes déçu. C'est ici que le RAW prend tout son sens. Le JPEG a déjà fait des choix. Et une partie des informations a déjà été supprimée ou regroupée lors de son traitement et de sa compression. Le fichier est donc beaucoup moins tolérant.
Le RAW, c'est aussi accepter de travailler davantage, et ça, on l'oublie parfois. Shooter en RAW signifie généralement :
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- Plus de données = plus de travail.
- Il faut importer.
- Trier.
- Développer.
- Exporter.
- Sauvegarder.
- Et gérer des fichiers plus lourds.
Adobe indique que les RAW peuvent être plusieurs fois plus volumineux que les JPEG et nécessitent généralement un logiciel capable de les interpréter et de les développer. Et bien evidement cela se resent aussi sur vôtre espace de stockage, surtout si vous avez un appareil photo numérique récent qui est autour des 24MP et qui pour certains parfois flirte avec les 50MP.
Personnellement, ce n'est pas vraiment un problème. Mais je peux parfaitement comprendre qu'un photographe qui doit produire rapidement plusieurs centaines d'images préfère travailler en JPEG. Un photographe sportif qui doit transmettre rapidement des images depuis le bord du terrain n'a pas forcément les mêmes contraintes que quelqu'un qui photographie tranquillement Paris le dimanche matin.
Et c'est là que le contexte devient beaucoup plus important que la question « RAW ou JPEG ? ».
Et puis il existe une troisième solution : RAW + JPEG.
L’appareil enregistre les deux !
On récupère donc le JPEG pour tout de suite et le RAW pour plus tard.
C'est une solution particulièrement intéressante lorsque l'on veut apprendre. Vous photographiez une scène. Vous regardez le JPEG produit par l'appareil. Puis vous ouvrez le RAW dans Lightroom. Vous essayez de reproduire le rendu du JPEG. Et vous commencez à comprendre ce que fait réellement votre appareil.
Vous pouvez aussi constater quelque chose d'assez amusant : le RAW sorti de l'appareil paraît parfois beaucoup moins beau que le JPEG. Et c'est parfaitement normal. Le JPEG a déjà été « développé » par le boîtier. Le RAW, lui, attend votre interprétation.
Regardez plutôt cette comparaison dans les reportages ci dessous
Voici une ancienne vidéo de Jared Polin consacrée précisément à la comparaison RAW/JPEG.
La vidéo date un peu — 2010 — mais elle reste intéressante pour une raison simple : elle montre concrètement ce qui se passe lorsqu'on compare les deux fichiers, notamment après correction d'exposition.
Une autre comparaison intéressante est proposée par Tony et Chelsea Northrup.
JPEG VS RAW ? Quels AVANTAGES / INCONVÉNIENTS ? Quelles DIFFÉRENCES ?
RAW vs JPEG : ce qu'il faut savoir quand on débute la photo ( + HEIF) 📸
📷 RAW vs JPEG : quand les utiliser ?
Là encore, ne regardez pas forcément ces vidéos comme des « verdicts ».
Regardez-les plutôt comme des expériences.
Parce que c'est finalement ce qui est le plus intéressant avec cette question.
C'est probablement là que mon point de vue devient un peu plus personnel. En photographie de rue, je photographie souvent dans des conditions qui changent très rapidement. Je peux passer d'une rue très lumineuse à une entrée de métro sombre. D'un personnage dans l'ombre à une personne directement éclairée par le soleil. Et parfois, je n'ai tout simplement pas le temps de réfléchir.
Je cadre. Je déclenche. Et je continue.
Dans ce contexte, le RAW est pour moi une sécurité. Je sais que j'aurai davantage de possibilités lorsque je rentrerai à la maison et que devant mon odrinateurd une fois devant Lightroom. Mais cela ne signifie pas que je considère le JPEG comme un mauvais choix.
Au contraire. Si je savais que je voulais produire des images immédiatement exploitables, avec un rendu particulier directement à la sortie du boîtier, je pourrais parfaitement choisir le JPEG.
Regardez dans le documentaire réalisé par de Pierre Montant sur le collectif Regards Parisiens dont je fais parti, comment nous pratiquons la photographie de rue.
La question n'est donc pas : « Quel est le meilleur format ? »
La vraie question est : « Qu'est-ce que je veux faire de mes photographies après avoir appuyé sur le déclencheur ? »
Et ça aussi, il faut le dire. On peut photographier en RAW et faire des photos complètement ratées. On peut photographier en JPEG et faire des photos magnifiques.
Le format du fichier ne compose pas. Il ne choisit pas le moment du déclenchement. Il ne cadre pas. Il ne cherche pas la lumière. Il ne raconte pas une histoire.
Et surtout… il ne remplace pas l'œil.
Avant de vous demander RAW ou JPEG, demandez-vous plutôt :
- Pourquoi je prends cette photo ?
- Qu’est-ce que je veux montrer ?
- Quelle lumière ai-je ?
- Quel moment suis-je en train de photographier ?
Le plus important c’est vôtre regard, vôtre intention. Le format viendra ensuite.
Mais pas parce que le JPEG serait mauvais. Je privilégie le RAW parce que j'aime pouvoir décider plus tard de ce que je veux faire de mon image. C'est particulièrement important pour mes photographies destinées à être travaillées, imprimées ou intégrées dans une série. Le RAW me donne cette liberté.
Mais si quelqu'un me disait : « Moi je photographie en JPEG parce que j'aime le rendu de mon Fuji et que je veux utiliser directement mes photos. »
Je lui répondrais simplement : « Pourquoi pas ? Il n'y a aucun concours à gagner.»
Et finalement, le vrai débat est peut-être ailleurs. À force de parler de RAW contre JPEG, on finit parfois par oublier une chose essentielle. Une photographie n'est pas un fichier. C'est une image. Le fichier n'est qu'un moyen de la conserver. Le RAW est une matière première. Le JPEG est une image déjà développée. L'un donne davantage de latitude. L'autre donne davantage d'immédiateté.
Et avec les appareils actuels, les cartes mémoire, les disques SSD et les logiciels de développement disponibles, il n'est même plus nécessaire de choisir définitivement. On peut photographier en RAW, en JPEG, en RAW + JPEG. Et même changer selon les situations.
Si vous voulez approfondir le sujet, Adobe propose une comparaison assez complète entre les deux formats, notamment sur la taille des fichiers, la latitude de correction et le traitement des images.
Adobe propose également un article consacré à la question « RAW ou JPEG ? », avec notamment des exemples concernant la plage dynamique et la post-production.
Et si vous vous intéressez plus largement aux choix créatifs en photographie, vous pouvez également relire mon article consacré au choix entre noir et blanc et couleurs en photographie humaniste.
Oui.
Apparemment.
Et je suis presque certain que dans quelques années, quelqu'un demandera encore « Mais tu photographies en RAW ou en JPEG ? » et quelqu'un d'autre répondra « Les deux. », puis il prendra une photo.
Et finalement…c'est peut-être ça le plus important.