La sainte trinité de la photographie.

La sainte trinité de la photographie.
A person with white hair and a beard, wearing glasses and a leather jacket with a fur collar, is holding and looking through a camera. The background, reminiscent of an artistic autoportrait, is blurry with bright bokeh lights.

Photo credit : Laurent DUFOUR – Autoportrait

ISO, vitesse d’obturation, profondeur de champ

Trois paramètres que l’on apprend généralement dès ses premiers pas avec un appareil photo : les ISO, la vitesse d’obturation et l’ouverture du diaphragme, qui détermine notamment la profondeur de champ.

Trois paramètres qui semblent simples à comprendre, mais qui finissent parfois par devenir une véritable source de prise de tête.

Il faut dire que les conseils ne manquent pas : ne jamais dépasser 800 ISO, toujours photographier à 1/125 s, fermer son diaphragme pour avoir une image nette, utiliser un trépied dès que la lumière baisse…

Et si l’on arrêtait deux minutes de réciter ces règles pour essayer de comprendre ce qui se passe réellement lorsqu’on appuie sur le déclencheur ?

En photographie humaniste, en photographie de rue ou en reportage, nous n’avons pas toujours le temps de réfléchir à trois paramètres avant de prendre une photo. La scène se déroule devant nous, une personne passe, une expression apparaît, une lumière change.

Il faut parfois déclencher vite,très vite.

Alors, comment trouver le bon équilibre entre sensibilité ISO, vitesse d’obturation et profondeur de champ ?

Comment obtenir une photo nette sans sacrifier l’ambiance de la scène ? Et qu’en est-il lorsque l’on photographie en argentique, des animaux avec une longue focale ou une rue parisienne à la nuit tombée ?

Je vous propose de faire le point, en partant des idées reçues pour revenir à l’essentiel : comprendre les conséquences de ses choix pour mieux photographier.

À retenir avant de commencer

    • Les ISO, la vitesse et l’ouverture sont liés : modifier l’un peut obliger à ajuster les autres.
    • Une photo nette n’est pas nécessairement une photo prise à 100 ISO.
    • La vitesse d’obturation dépend avant tout du mouvement que l’on souhaite figer ou conserver.
    • La profondeur de champ ne dépend pas uniquement de l’ouverture du diaphragme.
    • En photographie de rue, une légère montée en ISO peut être préférable à une photo floue.
    • Le trépied est un outil, pas une obligation dès que la lumière baisse.
    • En argentique, la sensibilité du film est généralement choisie avant la prise de vue, ce qui change la manière de travailler.
La fameuse sainte trinité, c’est quoi exactement ?

En photographie, on parle souvent du triangle d’exposition pour désigner les trois paramètres qui permettent de contrôler la quantité de lumière enregistrée par le capteur ou la pellicule :

    • La sensibilité ISO : elle détermine la sensibilité de travail du système photographique.
    • La vitesse d’obturation : elle détermine la durée pendant laquelle le capteur ou la pellicule reçoit la lumière.
    • L’ouverture du diaphragme : elle détermine la quantité de lumière qui traverse l’objectif.

Ces trois paramètres permettent d’obtenir une exposition adaptée à la scène photographiée.

Mais ils ne jouent pas tous le même rôle sur l’image.

La vitesse influence le rendu du mouvement. L’ouverture influence la profondeur de champ. La sensibilité ISO influence le bruit numérique ou, dans le cas de l’argentique, le rendu du grain et la sensibilité du film.

C’est là que les choses deviennent intéressantes.

Car lorsque l’on modifie un paramètre pour gagner de la lumière, on peut aussi modifier l’apparence de la photographie.

Les ISO : faut-il vraiment avoir peur de monter en sensibilité ?

Les ISO sont probablement le paramètre qui suscite le plus de débats chez les photographes. On entend encore régulièrement qu’il faut absolument rester à 100 ISO, voire à 200 ISO, pour obtenir une image de qualité. C’était une recommandation compréhensible à l’époque où les appareils numériques supportaient mal les sensibilités élevées.

Mais les choses ont beaucoup évolué.

Les appareils photo modernes permettent de photographier à des sensibilités élevées tout en conservant un niveau de détail très satisfaisant. Cela ne signifie pas que les ISO n’ont plus aucune conséquence. Cela signifie simplement qu’il faut apprendre à les utiliser en fonction de la situation.

Que se passe-t-il lorsque l’on augmente les ISO ?

Sur un appareil numérique, augmenter la sensibilité ISO permet d’obtenir une image plus claire à partir d’une même quantité de lumière, grâce à l’amplification du signal et, selon les appareils, à d’autres traitements électroniques.

En contrepartie, le bruit numérique peut devenir plus visible et la dynamique disponible peut diminuer. Le résultat dépend beaucoup du capteur, de la génération de l’appareil, de l’exposition et du traitement du fichier. Sur certains appareils récents, une photo prise à 3200 ISO peut être parfaitement exploitable, voire très agréable en noir et blanc. Sur d’autres, le bruit et la perte de détails deviennent plus gênants.

Il n’existe donc pas de valeur ISO universelle au-delà de laquelle une photographie serait automatiquement ratée.

Quelques idées reçues sur les ISO
Idée reçue n° 1 : « Il ne faut jamais dépasser 800 ISO. »

C’est une règle qui n’a plus beaucoup de sens lorsqu’on la présente comme une obligation.

À 800 ISO, certains appareils produisent déjà un bruit visible. D’autres permettent de monter beaucoup plus haut sans difficulté majeure.

En photographie humaniste, je préfère largement une photo nette à 3200 ISO à une photo floue à 400 ISO.

Le bruit peut faire partie du rendu d’une image. Le flou de bougé, lui, peut parfois rendre une scène totalement inexploitable.

Idée reçue n° 2 : « Une photo à 100 ISO est forcément meilleure. »

Une sensibilité basse peut permettre d’obtenir une meilleure qualité d’image, notamment en matière de bruit et de dynamique.

Mais cela ne suffit pas à faire une bonne photographie.

Une image à 100 ISO prise au 1/15 s avec un sujet en mouvement peut être floue.

Une image à 1600 ISO prise au 1/500 s peut, au contraire, parfaitement restituer une scène fugace.

La qualité d’une photographie ne se résume pas à la propreté de ses pixels.

Idée reçue n° 3 : « Le bruit numérique est toujours un défaut. »

Le bruit peut être gênant, particulièrement lorsqu’il détruit les détails ou fait apparaître des artefacts de couleur.

Mais il n’est pas toujours rédhibitoire. En noir et blanc, un bruit discret peut parfois rappeler le grain d’une pellicule argentique et participer au caractère d’une image.

Attention toutefois : le bruit numérique et le grain argentique ne sont pas la même chose. Leur structure et leur rendu sont différents.

En photographie de rue, mieux vaut parfois monter les ISO

Imaginons une scène de rue dans un café parisien.

La lumière est faible, les clients discutent, un serveur passe entre les tables. Si je photographie à 100 ISO, je risque de devoir utiliser une vitesse trop lente pour figer les mouvements.

Je peux alors ouvrir davantage le diaphragme, mais je risque de réduire la profondeur de champ.

Je peux aussi augmenter les ISO pour conserver une vitesse suffisamment rapide.

C’est souvent le choix que je ferais.

En photographie humaniste, le plus important est parfois de saisir une expression, un geste ou une rencontre. Une image légèrement bruitée peut parfaitement remplir cet objectif.

Mon conseil
Ne choisissez pas systématiquement les ISO les plus bas.

Choisissez d’abord la vitesse nécessaire pour votre scène, puis ajustez les ISO en conséquence.

Et si votre appareil dispose d’un mode ISO automatique, apprenez à le paramétrer correctement : il peut devenir un véritable allié en photographie de rue.

La vitesse d’obturation : le paramètre qui change tout

La vitesse d’obturation correspond à la durée pendant laquelle la lumière atteint le capteur ou la pellicule.

Elle s’exprime généralement en fractions de seconde : 1/30 s, 1/60 s, 1/125 s, 1/250 s, 1/500 s, etc.

Plus la vitesse est rapide, plus le temps d’exposition est court. Plus elle est lente, plus le temps d’exposition est long. Mais la vitesse ne sert pas uniquement à éviter le flou. Elle permet aussi de choisir la manière dont le mouvement sera représenté dans une photographie.

Quelle vitesse choisir pour photographier dans la rue ?

Il n’existe pas de vitesse idéale pour toutes les situations. Tout dépend de ce que l’on photographie, de la focale utilisée, de la distance au sujet et de la manière dont on souhaite restituer le mouvement.

Voici quelques repères pour commencer :

Vitesse Situation possible À surveiller
1/15 s à 1/30 s Scène statique, ambiance nocturne, filé volontaire Risque de flou de bougé important
1/60 s Sujet relativement calme, scène posée Les gestes rapides peuvent être flous
1/125 s Personne marchant lentement, scène de rue tranquille Pas toujours suffisant pour figer un mouvement
1/250 s Photographie de rue, déplacements ordinaires Bon point de départ dans de nombreuses situations
1/500 s Gestes rapides, personnes en mouvement Demande davantage de lumière
1/1000 s et plus Sport, animaux rapides, mouvements très brusques Peut nécessiter une sensibilité ISO élevée

Ces valeurs sont des repères, pas des règles absolues.

Un piéton qui marche lentement peut être net au 1/60 s si l’on accepte un léger mouvement des jambes. À l’inverse, un geste rapide peut nécessiter le 1/1000 s, voire davantage.

Il faut aussi distinguer deux choses : le mouvement du photographe et celui du sujet.

Même avec un appareil parfaitement stable, une personne qui bouge pendant une exposition longue peut apparaître floue.

Le flou de bougé : pourquoi une photo peut-elle être floue ?

Il existe plusieurs causes de flou en photographie.

    • Le flou de bougé du photographe apparaît lorsque l’appareil se déplace pendant l’exposition.
    • Le flou de mouvement du sujet apparaît lorsque le sujet se déplace pendant l’exposition.
    • Le flou de mise au point apparaît lorsque la zone de netteté ne se trouve pas à l’endroit souhaité.

Ces trois phénomènes peuvent se cumuler.

Et c’est précisément pour cette raison qu’une photographie peut être floue même lorsque l’on utilise une vitesse relativement rapide.

La fameuse règle de la vitesse minimale

On entend souvent qu’il faut utiliser une vitesse au moins égale à l’inverse de la focale.

Avec un objectif de 50 mm, on recommande ainsi de photographier au 1/50 s ou au 1/60 s.

Cette règle historique peut donner un premier repère, mais elle a ses limites. Elle dépend notamment de la taille du capteur, de la résolution, de la stabilité du photographe, de la distance au sujet et de la manière dont l’image sera regardée.

Avec un appareil de haute résolution, un léger mouvement peut devenir visible lorsqu’on examine l’image à 100 %. La stabilisation du capteur ou de l’objectif peut aider à réduire le flou dû aux mouvements du photographe. Mais elle ne fige pas un sujet qui se déplace.

Un exemple concret
Avec un objectif de 35 mm, je peux parfois obtenir une image nette au 1/30 s si je suis stable et que le sujet ne bouge pas.

Mais si je photographie une personne qui marche, je préférerai souvent passer au 1/250 s.

La bonne vitesse n’est donc pas seulement liée à la focale : elle dépend aussi de ce que je veux figer.

L’ouverture et la profondeur de champ : pourquoi f/1,8 n’est pas toujours la solution

L’ouverture du diaphragme est exprimée par un nombre précédé de la lettre f : f/1,4, f/1,8, f/2,8, f/4, f/5,6, f/8, f/11, etc.

C’est un point qui peut sembler contre-intuitif au début.

Plus le nombre f est petit, plus l’ouverture est grande.

À f/1,8, le diaphragme laisse entrer davantage de lumière qu’à f/8.

Mais l’ouverture ne joue pas uniquement sur l’exposition. Elle influence également la profondeur de champ, c’est-à-dire la zone qui paraît suffisamment nette devant et derrière le plan de mise au point.

Qu’est-ce que la profondeur de champ ?

La profondeur de champ correspond à la zone de netteté apparente dans une photographie.

Une faible profondeur de champ permet d’isoler un sujet de son environnement, avec un arrière-plan plus ou moins flou.

Une grande profondeur de champ permet de conserver une plus grande partie de la scène apparemment nette.

En photographie de portrait, une grande ouverture peut permettre de détacher une personne de l’arrière-plan.

En photographie de rue, une profondeur de champ plus importante peut être utile pour conserver plusieurs éléments de la scène dans la zone de netteté.

Mais là encore, il n’existe pas de réglage universel.

Les idées reçues sur l’ouverture
Idée reçue n° 1 : « Il faut toujours ouvrir au maximum pour faire de beaux portraits. »

Une grande ouverture peut produire un arrière-plan très esthétique. Mais elle réduit aussi la profondeur de champ.

Sur un portrait rapproché à f/1,4, la zone de netteté peut être très mince. Si la mise au point se fait sur le nez plutôt que sur l’œil, le résultat peut être décevant.

Et si deux personnes sont placées à des distances différentes de l’appareil, l’une peut être nette et l’autre floue.

Fermer à f/2,8 ou f/4 peut parfois donner un résultat plus adapté.

Idée reçue n° 2 : « Pour avoir une photo nette partout, il suffit de fermer à f/16. »

Fermer le diaphragme augmente généralement la profondeur de champ. Mais fermer excessivement peut aussi réduire la netteté globale à cause de la diffraction, particulièrement sur les capteurs très définis.

À f/16 ou f/22, l’image peut donc perdre une partie de son piqué.

Pour de nombreuses situations, f/5,6 ou f/8 constitue un bon compromis.

Le meilleur réglage dépend toutefois de l’objectif, du capteur et de la scène photographiée.

Idée reçue n° 3 : « La profondeur de champ dépend uniquement de l'ouverture. »

L’ouverture est un paramètre important, mais elle n’est pas le seul.

La profondeur de champ dépend également de la distance de mise au point, de la focale et du format du capteur, lorsqu’on compare des cadrages et des conditions d’observation équivalents.

À ouverture identique, un sujet photographié de très près présente généralement une profondeur de champ plus faible qu’un sujet photographié de loin.

C’est aussi pour cette raison qu’un portrait rapproché au 85 mm peut présenter un arrière-plan très flou.

Et en photographie humaniste, quelle ouverture choisir ?

En photographie humaniste, je trouve intéressant de ne pas opposer systématiquement le sujet et son environnement.

Une personne dans une rue, un passant devant une vitrine, un couple sur un banc ou un commerçant derrière son comptoir : l’arrière-plan peut raconter autant de choses que le sujet lui-même.

C’est pourquoi je n’ai pas toujours envie de photographier à pleine ouverture. Avec un 35 mm ou un 50 mm, une ouverture de f/5,6 ou f/8 peut permettre de conserver suffisamment de détails autour du sujet. Mais si la lumière baisse, ouvrir davantage devient parfois nécessaire.

Il faut alors accepter une profondeur de champ plus réduite. L’important est de savoir ce que l’on veut raconter.

 

Le triangle d’exposition : comment trouver le bon équilibre ?

Nous avons vu séparément les trois paramètres. Mais dans la pratique, ils fonctionnent ensemble.

Lorsque l’on modifie l’un d’eux, on peut devoir ajuster les autres pour conserver une exposition équivalente.

 

Imaginons que je photographie une personne dans une rue en fin de journée.

Je souhaite obtenir une vitesse suffisamment rapide pour figer son mouvement et une profondeur de champ qui conserve une partie de l’environnement.

Je peux choisir :

    • Une vitesse de 1/250 s pour limiter le flou de mouvement.
    • Une ouverture de f/5,6 pour conserver une profondeur de champ relativement confortable.
    • Une sensibilité ISO adaptée à la lumière disponible, par exemple 800, 1600 ou davantage.

Si la lumière baisse, je peux ouvrir davantage le diaphragme, augmenter les ISO ou ralentir la vitesse. Chaque choix a une conséquence. C’est précisément ce qu’il faut garder en tête.

Un tableau pour comprendre les compromis
Situation Priorité Choix possible
Personne qui marche Limiter le flou de mouvement 1/250 s ou plus rapide, ISO adaptés
Portrait avec arrière-plan flou Isoler le sujet Grande ouverture, mise au point précise
Scène de rue avec plusieurs plans Conserver une profondeur de champ confortable f/5,6 à f/8, vitesse adaptée
Intérieur peu lumineux Éviter le flou Ouverture plus grande et ISO plus élevés
Paysage immobile Conserver les détails de la scène f/5,6 à f/11 selon la profondeur souhaitée
Scène nocturne avec sujet mobile Figer le mouvement Vitesse rapide, ISO élevés si nécessaire

Ce tableau ne constitue pas une recette à appliquer mécaniquement. Il permet simplement de réfléchir à la priorité de la scène avant de déclencher.

Photographier en argentique : une autre manière de penser les ISO

La photographie argentique change sensiblement la manière de travailler avec la sensibilité.

Avec un appareil numérique, on peut modifier les ISO d’une photo à l’autre, voire laisser l’appareil les ajuster automatiquement.

En argentique, la sensibilité est généralement déterminée par la pellicule que l’on charge dans l’appareil.

On choisit un film de 100, 200, 400, 800, 3200 ISO ou davantage, puis on compose avec cette sensibilité pendant toute la pellicule. C’est une contrainte qui peut aussi devenir une manière de photographier.

Choisir sa pellicule avant de sortir

C’est important de bien choisir son film avant de sortir :

    • 100 ISO peut être très agréable pour photographier en plein jour, dans une lumière généreuse.
    • 400 ISO offre davantage de souplesse lorsque la lumière baisse.
    • 800 ISO peut être intéressante pour les scènes nocturnes ou les intérieurs, selon le film utilisé et les conditions de développement.
    • 3200 ISO c’est le choix ultiime en photo de nuit à main levée.

Mais la sensibilité n’est pas le seul critère. Le rendu des couleurs, le contraste, la latitude d’exposition et la structure du grain varient également d’une pellicule à l’autre.

Et bien sûr, le développement et la numérisation influencent le résultat final.

 

Peut-on pousser une pellicule ?

Oui.

« Pousser un film » consiste à exposer une pellicule comme si elle avait une sensibilité supérieure à sa sensibilité nominale, puis à adapter le développement.

Par exemple, une pellicule de 400 ISO peut être exposée à 800 ou 1600 ISO, puis développée en conséquence.

Cela peut permettre de photographier dans des conditions de lumière plus difficiles. Mais cette technique modifie le rendu de l’image : contraste, grain, détails dans les ombres et les hautes lumières peuvent évoluer. Le résultat dépend du film et du procédé de développement. Il ne s’agit donc pas d’une augmentation gratuite de la sensibilité.

 

L’argentique oblige à anticiper

En argentique, il faut davantage réfléchir à la lumière avant de partir.

Si je charge une pellicule de 100 ISO pour une balade en plein soleil, je sais que je risque d’être limité lorsque je rentrerai dans un café ou que la soirée commencera.

Avec une pellicule de 400 ISO, je dispose d’une marge plus confortable. Cette anticipation fait partie du plaisir de l’argentique. Elle oblige à observer la lumière, à réfléchir à ses choix et à accepter parfois de ne pas photographier certaines scènes.

Et puis, il y a ce petit plaisir particulier : ne pas savoir exactement ce que l’on a obtenu avant le développement.

 

Argentique et numérique : deux approches complémentaires
Le numérique permet d’adapter rapidement la sensibilité à chaque situation.

L’argentique invite à choisir une sensibilité avant de commencer et à composer avec elle.

Dans les deux cas, la vitesse et l’ouverture restent des outils essentiels pour maîtriser le rendu du mouvement et la profondeur de champ.

Photographie animalière : longues focales, vitesse et trépied

La photographie animalière est un excellent exemple pour comprendre pourquoi les trois paramètres doivent être réfléchis ensemble.

Photographier un oiseau posé sur une branche n’a rien à voir avec le fait de photographier un animal en pleine course. Et lorsque l’on utilise une longue focale, les contraintes deviennent encore plus importantes.

 

À lire aussi
https://nature.laurentdufour.eu/ : mon sité dédié à la photographie de nature, pour découvrir une autre approche de la photographie animalière.
Pourquoi les longues focales compliquent-elles les choses ?

Une longue focale permet de photographier un animal éloigné sans avoir à s’en approcher. Mais elle amplifie également les effets des mouvements de l’appareil.

Un léger déplacement peut suffire à rendre l’image floue, particulièrement avec un téléobjectif de 300 mm, 400 mm, 500 mm ou 600 mm.

La règle de l’inverse de la focale peut donner un premier repère, mais elle ne garantit pas la netteté. Avec un animal mobile, il faut aussi tenir compte de ses propres mouvements. Un oiseau qui décolle, un chevreuil qui traverse un champ ou un écureuil qui saute d’une branche à l’autre peuvent nécessiter des vitesses très élevées.

 

Quelle vitesse pour photographier les animaux ?

Voici quelques repères indicatifs :

Situation Vitesse indicative Remarque
Animal immobile, posé 1/250 s à 1/500 s La stabilité et la focale restent déterminantes
Animal qui marche 1/500 s à 1/1000 s À adapter à la vitesse du déplacement
Oiseau en mouvement 1/1000 s à 1/2000 s Une vitesse plus élevée peut être nécessaire
Animal en pleine course 1/1000 s à 1/2000 s ou plus Le mouvement et le rendu souhaité déterminent le choix
Animal immobile dans une scène nocturne Variable La stabilité, la lumière et le comportement de l’animal sont essentiels

Ces vitesses ne sont pas des obligations.

Un photographe peut volontairement choisir une vitesse plus lente pour créer un filé ou restituer le mouvement d’un animal.

Faut-il obligatoirement utiliser un trépied ?

Non.

Le trépied est très utile en photographie animalière, mais il n’est pas indispensable dans toutes les situations. Avec un téléobjectif lourd, il permet de stabiliser l’ensemble et de limiter la fatigue lors des longues séances d’affût.

Il peut aussi faciliter le suivi d’un animal lorsque l’on utilise une tête pendulaire. Mais un trépied ne fige pas le mouvement de l’animal. Si celui-ci bouge pendant une exposition trop longue, il restera flou.

Pour photographier un oiseau en plein vol, il peut être plus pratique de travailler à main levée ou avec un monopode, selon le matériel et les habitudes du photographe.

Photo credit : Laurent DUFOUR – Longue focale montée sur un trépied

 

Le rôle de l’ouverture en photographie animalière

Les longues focales lumineuses, comme un 400 mm f/2,8 ou un 600 mm f/4, permettent de photographier avec une grande ouverture.

Elles sont particulièrement utiles lorsque la lumière est faible. Mais ces objectifs sont souvent lourds, encombrants et coûteux.

Un téléobjectif moins lumineux peut parfaitement convenir, à condition d’adapter les ISO et la vitesse. Il faut également tenir compte de la profondeur de champ. À longue focale et à courte distance, celle-ci peut être très réduite.

Pour un animal dont la tête est légèrement tournée, une ouverture trop grande peut rendre l’œil net tout en laissant le reste du visage flou. Il peut donc être intéressant de fermer un peu le diaphragme lorsque la lumière le permet.

Un exemple concret en photographie animalière
Imaginons un oiseau photographié au 500 mm.

Si je souhaite figer son mouvement au 1/2000 s et que mon objectif ouvre à f/6,3, je devrai peut-être augmenter sensiblement les ISO.

Si l’oiseau est immobile, je pourrai envisager une vitesse plus lente, utiliser un support stable et réduire les ISO.

Le bon réglage dépend donc autant du comportement de l’animal que du matériel utilisé.

 

Photographie de nuit : avec ou sans trépied ?

La photographie de nuit est un autre terrain où les idées reçues ont la vie dure. On entend souvent qu’il faut absolument un trépied dès que la lumière baisse.

C’est vrai dans certaines situations. Mais pas dans toutes. Tout dépend de ce que l’on souhaite photographier : une rue animée, un paysage urbain, une architecture, une personne sous un réverbère ou les lumières d’une ville.

 

Photographier la nuit à main levée

Pour photographier une scène de rue la nuit, le trépied peut parfois devenir encombrant.

Il faut se déplacer, anticiper les mouvements, trouver un point de vue et déclencher au bon moment.

Dans ce contexte, je préfère souvent travailler à main levée.

Pour cela, plusieurs solutions sont possibles :

    • Ouvrir davantage le diaphragme.
    • Augmenter les ISO.
    • Choisir une vitesse suffisamment rapide pour limiter le flou de mouvement.
    • Profiter de la lumière disponible : vitrines, enseignes, éclairage public, phares de voitures.
    • Utiliser la stabilisation lorsque l’appareil ou l’objectif en dispose.

Mais il faut garder une chose en tête : la stabilisation aide à limiter le flou dû aux mouvements du photographe, pas celui des personnes qui se déplacent.

Pour une scène avec des passants, la vitesse reste donc essentielle.

 

Photographier la nuit avec un trépied

Le trépied devient particulièrement intéressant lorsque l’on souhaite utiliser une vitesse lente. C’est le cas pour photographier un paysage urbain, une architecture, un pont ou une place presque vide.

Il permet de conserver une sensibilité ISO basse et de choisir une ouverture adaptée à la profondeur de champ souhaitée. On peut alors utiliser une pose de plusieurs secondes, voire de plusieurs minutes selon la scène.

Mais attention : les personnes, les voitures et les autres éléments mobiles peuvent devenir flous. Ce flou peut être recherché, notamment pour créer des traînées lumineuses ou donner une impression de mouvement.

Quelques exemples de réglages pour la nuit
Scène Approche possible Trépied
Rue animée avec des passants Vitesse relativement rapide, ISO élevés si nécessaire Pas indispensable
Portrait nocturne Grande ouverture, vitesse adaptée au sujet Facultatif
Architecture immobile ISO bas, ouverture intermédiaire, pose longue possible Utile
Traînées lumineuses de voitures Pose de plusieurs secondes Très utile
Paysage urbain nocturne ISO bas, ouverture adaptée, exposition longue Utile
Scène de rue avec mouvement volontaire Vitesse lente choisie selon l’effet recherché Facultatif
La pose longue : une autre manière de photographier la nuit

La pose longue permet de jouer avec le temps. Les phares des voitures deviennent des lignes lumineuses, les passants peuvent disparaître partiellement et les mouvements prennent une autre dimension.

C’est une approche que l’on peut aussi utiliser en journée avec des filtres à densité neutre. Mais la pose longue n’est pas seulement une technique destinée à obtenir des effets spectaculaires. Elle peut aussi permettre de raconter autrement une scène urbaine, en opposant l’immobilité de l’architecture au mouvement des personnes.

À lire aussi
Paris Pose Longue : pour découvrir une autre approche de la photographie urbaine et du temps de pose.

 

Comment réussir des photos nettes en photographie humaniste ?

Après avoir parlé des ISO, de la vitesse, de l’ouverture, de l’argentique, des animaux et de la nuit, revenons à notre sujet de départ : la photographie humaniste.

Lorsque l’on photographie des personnes dans leur environnement, on doit souvent composer avec des situations imprévisibles. Une personne passe devant une vitrine, un enfant court sur une place, un couple se retrouve sur un banc, un commerçant échange quelques mots avec un client.

On ne peut pas toujours demander à la scène de recommencer.La netteté devient alors une question de choix.

Définir sa priorité avant de déclencher

La première question à se poser est simple : qu’est-ce que je veux rendre net ?

Le visage d’une personne ? Un geste ? Plusieurs personnages dans une scène ? L’ensemble de l’environnement ?

Cette réponse va guider les réglages.

    • Si je veux figer un geste, je privilégie la vitesse.
    • Si je veux isoler un visage, je peux privilégier une grande ouverture.
    • Si je veux conserver plusieurs plans nets, je peux fermer davantage le diaphragme et adapter les ISO.

Il ne s’agit pas de trouver le réglage parfait dans l’absolu, mais celui qui correspond à l’image que l’on souhaite réaliser.

La mise au point : ne pas confondre netteté et profondeur de champ

Une photo peut être prise à une vitesse rapide et présenter malgré tout un flou de mise au point.

C’est notamment le cas lorsque l’autofocus accroche l’arrière-plan au lieu du sujet.

En photographie de rue, plusieurs solutions peuvent aider :

    • Utiliser un autofocus continu lorsque le sujet se déplace.
    • Choisir une zone de mise au point adaptée à la scène.
    • Privilégier la détection du sujet ou de l’œil lorsque l’appareil la gère correctement.
    • Utiliser la mise au point manuelle ou la zone d’hyperfocale lorsque la situation s’y prête.

L’hyperfocale peut être particulièrement intéressante pour préparer une scène de rue et limiter le temps consacré à la mise au point.

Mais elle ne garantit pas que tout sera parfaitement net, quelle que soit la distance du sujet. lle dépend de la focale, de l’ouverture, du format et du niveau de netteté que l’on considère acceptable.

Pour aller plus loin lire mon article consacrée à l’hyperfocale : Comprendre l’hyperfocale en photographie de rue 

Photographier à main levée : quelques habitudes utiles

Pour améliorer la netteté à main levée, quelques gestes simples peuvent aider :

    • Tenir l’appareil fermement, sans crispation excessive.
    • Garder les coudes relativement proches du corps.
    • Déclencher sans mouvement brusque.
    • Prendre appui contre un mur ou un poteau lorsque c’est possible.
    • Vérifier ponctuellement la netteté des images lorsque les conditions sont difficiles.
    • Apprendre à connaître les vitesses auxquelles on obtient régulièrement des images nettes avec son matériel.

Ces habitudes ne remplacent pas un bon réglage, mais elles peuvent faire une réelle différence.

Quelques réglages de départ pour sortir photographier

Voici quelques configurations simples pour se lancer.

Elles ne sont pas destinées à être appliquées systématiquement, mais à donner des points de départ selon les situations.

Situation Mode possible Réglages de départ
Photographie de rue en journée Priorité vitesse ou manuel 1/250 s, f/5,6 à f/8, ISO automatiques
Scène de rue en mouvement Priorité vitesse 1/500 s, ISO automatiques
Portrait dans un environnement Priorité ouverture f/2,8 à f/5,6, vitesse adaptée au sujet
Intérieur peu lumineux Priorité vitesse ou manuel 1/125 s à 1/250 s, ouverture plus grande, ISO adaptés
Animal en mouvement Priorité vitesse 1/1000 s ou davantage selon le mouvement
Paysage nocturne sur trépied Manuel ISO bas, ouverture intermédiaire, vitesse selon l’exposition
Scène nocturne à main levée Priorité vitesse ou manuel Vitesse adaptée au sujet, ouverture et ISO ajustés

Si vous utilisez un mode semi-automatique, prenez le temps de comprendre ce que l’appareil fait lorsque la lumière change.

    • Le mode priorité ouverture permet de choisir le diaphragme et laisse l’appareil déterminer la vitesse.
    • Le mode priorité vitesse permet de choisir la vitesse et laisse l’appareil déterminer l’ouverture.
    • Le mode manuel permet de contrôler les paramètres principaux, avec ou sans ISO automatique selon l’appareil.
Il n’y a pas de médaille à gagner en photographiant exclusivement en mode manuel. Le meilleur mode est celui qui vous permet de vous concentrer sur la scène.
Quelques vidéos pour aller plus loin

Les vidéos ci-dessous renvoient vers des recherches YouTube thématiques. Elles permettent de retrouver des explications et des démonstrations sur les trois paramètres de l’exposition.

Comprendre le triangle d’exposition : ISO, vitesse et ouverture

Le Triangle d’Exposition (pour les nuls) en 4min22

Ouverture/Vitesse d’Obturation/ISO [Le guide ultime du Triangle d’Exposition Photographique]

Comprendre la vitesse d’obturation et le mouvement

Le FLOU DE MOUVEMENT en photographie

Eviter les photos floues – La vitesse d’obturation

Comprendre la profondeur de champ

La PROFONDEUR DE CHAMP enfin expliquée SIMPLEMENT !

Photographie animalière : vitesse et longues focales

Photographie animalière au bord d’un Étang

TOUS mes RÉGLAGES pour la Photo Animalière

MODE A : Photographie Animalière : La Profondeur de Champ

MES TREPIEDS & TETES ! PHOTO ANIMALIERE.

Photographie de nuit et pose longue

La photo de nuit avec trépied

Comment faire des photos la nuit

On essaie la POSE LONGUE en ARGENTIQUE de nuit (feat. Olivier Schmitt)

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Alors, que penser de la sainte trinité de la photographie ?

Finalement, la sainte trinité n’a rien de mystérieux. Les ISO, la vitesse d’obturation et l’ouverture du diaphragme sont simplement trois outils qui permettent de contrôler la lumière et le rendu de l’image. Mais il faut arrêter de les considérer comme des paramètres qu’il faudrait systématiquement régler selon une recette toute faite.

Une photo nette à 100 ISO n’est pas nécessairement meilleure qu’une photo nette à 3200 ISO. Une grande ouverture n’est pas toujours la meilleure solution pour isoler un sujet. Une vitesse rapide ne garantit pas une mise au point réussie. Et un trépied ne résout pas tous les problèmes de flou.

La vraie question est plutôt : qu’est-ce que je veux montrer, et comment puis-je utiliser les réglages pour y parvenir ?
    • En photographie humaniste, je préfère parfois monter les ISO pour conserver une vitesse suffisante et saisir une expression qui ne se représentera pas.
    • En photographie animalière, je peux privilégier une vitesse élevée pour figer un mouvement, quitte à accepter davantage de bruit.
    • En photographie de nuit, je peux travailler à main levée pour conserver la spontanéité d’une scène, ou installer un trépied pour jouer avec le temps.
    • Et en argentique, je peux choisir une pellicule adaptée à la lumière et accepter les contraintes qu’elle impose.

Il n’existe pas de réglage parfait pour toutes les situations. Il existe simplement des compromis, des choix et des habitudes que l’on affine au fil des sorties.

Et puis, n’oublions pas l’essentiel : une photographie n’a pas besoin d’être techniquement parfaite pour être une bonne photographie.

Elle doit avant tout raconter quelque chose.