La question revient régulièrement : quels sont les réglages que tu utilises ?

Photo credit : Laurent DUFOUR – Autoportrait
Fujifilm X-T3, X100F ou X-E2S : je ne cherche pas à compliquer les choses. En photographie de rue, j’ai surtout besoin de pouvoir regarder, cadrer et déclencher rapidement.
Mes réglages sont donc volontairement très simples :
ISO Auto : 200 à 6400
Vitesse : A
Ouverture : choisie par moi
Vitesse minimale : 1/125 s
Format : RAW
J’utilise des appareils Fujifilm depuis plusieurs années. J’ai aujourd’hui un Fuji X-T3, un X100F et un X-E2S. Avant eux, j’ai également utilisé un X-Pro1 et le X100 de première génération.
Cela commence donc à faire quelques années que je connais cette petite famille d’appareils. Et pourtant, mes réglages de photographie de rue sont finalement assez simples.
Je ne cherche pas à exploiter chaque fonction de l’appareil. Je ne passe pas mon temps à changer de mode de prise de vue, à modifier les ISO à chaque coin de rue ou à calculer la vitesse nécessaire avant chaque déclenchement. Je préfère laisser l’appareil gérer ce qu’il sait très bien gérer et garder pour moi ce qui relève réellement du choix photographique.
C’est probablement la meilleure manière que j’ai trouvée pour ne pas transformer la photographie de rue en exercice technique.
C’est probablement le réglage qui simplifie le plus ma manière de photographier. Je place la molette de vitesse sur A et je laisse l’appareil déterminer la vitesse d’obturation.
Je suis donc dans une logique de priorité à l’ouverture : je choisis l’ouverture et l’appareil cherche automatiquement une vitesse permettant d’obtenir une exposition correcte.
C’est exactement le genre d’automatisme que j’apprécie en photographie de rue. Je peux passer d’une rue très lumineuse à une ruelle sombre, entrer dans un café, ressortir au soleil, photographier une personne à l’ombre puis traverser une place en plein soleil…je n’ai pas besoin de modifier la vitesse à chaque changement de lumière.
Et surtout, je ne quitte pas la scène des yeux. C’est un détail qui peut sembler anodin mais qui, pour moi, est essentiel. En photographie de rue, quelques secondes peuvent faire toute la différence. Pendant que l’on réfléchit à son réglage, la scène est souvent déjà terminée.
Comme je dis souvent avant l’heure c’est pas l’heure, après l’heure ce n’est plus l’heure. Et parfois même si la photo est flou au moins je l’aurais tenté.
Si je laisse la vitesse à l’appareil, il faut bien que je garde quelque chose sous mon contrôle.
C’est l’ouverture.
C’est elle qui me permet de choisir la profondeur de champ et donc, dans une certaine mesure, la manière dont je veux présenter mon sujet. Je peux par exemple ouvrir davantage lorsque je souhaite isoler une personne du décor. À l’inverse, je peux fermer davantage lorsque je veux conserver une partie importante du contexte autour du sujet.
En photographie humaniste, ce contexte peut être particulièrement important. Une personne seule sur un fond complètement flou ne raconte pas forcément la même chose que cette même personne photographiée avec la rue, le commerce, le mobilier urbain ou les passants autour d’elle. C’est donc un choix qui dépasse largement la simple question de netteté. L’ouverture devient un choix narratif.
Elle me permet de décider quelle place je donne au sujet et quelle place je laisse à son environnement.
- La vitesse sert principalement à éviter le flou.
- L’ouverture participe à la construction de l’image.
- Les ISO compensent les variations de lumière.
Je préfère donc conserver la main sur l’ouverture et laisser l’appareil gérer le reste.
C’est probablement ici que certains photographes vont commencer à froncer les sourcils.
« Mais tu laisses vraiment l’appareil choisir les ISO ? »
Oui. Et même volontairement.
Je règle mes Fuji en ISO Auto, avec une plage allant de 200 à 6400 ISO.
L’idée est très simple : lorsque la lumière baisse, l’appareil augmente progressivement la sensibilité afin de conserver une vitesse suffisamment élevée. Lorsque la lumière revient, il redescend vers les ISO les plus bas.
Je trouve cela particulièrement efficace pour la photographie de rue.
Je peux commencer ma promenade en plein soleil à ISO 200, entrer dans une rue plus sombre, passer à ISO 400, 800 ou 1600, puis photographier le soir à ISO 3200 ou 6400 sans avoir à y penser. Et que dire pour la photographie de rue à la nuit tombée, c’est idéal.
Pour les plus téméraires si vôtre appareil est vraiment très récent, vous pouvez tenter 12800 ISO.
Parce que je préfère parfois avoir une photographie légèrement bruitée plutôt qu’une photographie floue.
C’est un choix très personnel. Une image prise à ISO 3200 ou 6400 peut parfaitement être intéressante si le moment est bon. Une image parfaitement propre mais floue parce que j’ai voulu rester à ISO 400 ne me sera généralement pas d’une grande utilité. Et puis le bruit numérique n’est pas forcément un problème surtout de nos jours avec les outils de post traitement d’Adobe par exemple ( Oui j’utilise Lightroom Classic)
En photographie de rue, il peut même participer à l’ambiance de certaines images, notamment lorsque la lumière devient difficile. Je préfère donc accepter une certaine montée en sensibilité plutôt que de laisser l’appareil descendre trop bas en vitesse.
Les propres manuels Fujifilm prévoient d’ailleurs ce fonctionnement : l’Auto ISO peut faire varier automatiquement la sensibilité entre une valeur de base et une valeur maximale lorsque la vitesse nécessaire devient trop lente.
C’est probablement mon réglage le plus important pour la photographie de rue. J’ai configuré mes appareils pour essayer de ne pas descendre sous 1/125 s.
Pourquoi ?
Parce que je photographie rarement des statues. Les personnes bougent. Elles marchent, discutent, tournent la tête, montent dans un bus, traversent une rue ou font simplement un geste.
Même si je tiens parfaitement mon appareil, le sujet peut bouger pendant l’exposition. Une vitesse de 1/125 s n’empêchera évidemment pas tous les flous de mouvement, mais elle constitue pour moi un bon compromis. Elle permet de photographier une grande partie des situations de rue tout en conservant une certaine souplesse, et surtout, je n’ai pas besoin d’y penser à chaque déclenchement.
1/125 s est mon réglage de départ. Ce n’est pas une vitesse magique.
Si le sujet bouge rapidement, je peux avoir intérêt à passer à 1/250 s, 1/500 s ou davantage.
À l’inverse, une scène immobile peut être photographiée à une vitesse beaucoup plus lente.
Le réglage automatique est donc une base de travail, pas une religion.
Il faut également connaître une petite subtilité du fonctionnement de l’Auto ISO Fujifilm : si la sensibilité maximale est atteinte et que l’exposition reste insuffisante, l’appareil peut malgré tout descendre sous la vitesse minimale configurée. Ce réglage constitue donc une priorité donnée par l’appareil, et non une garantie absolue.
On présente souvent le triangle d’exposition comme quelque chose de compliqué.
Ouverture, vitesse, ISO…Trois paramètres à surveiller en permanence. En pratique, avec mes réglages, je n’en surveille réellement qu’un seul. L’ouverture, la vitesse est principalement gérée par l’appareil, les ISO sont gérés automatiquement.
Je choisis l’ouverture → l’appareil choisit la vitesse → l’Auto ISO compense lorsque la lumière ne suffit plus.
Cela ne veut évidemment pas dire que je me désintéresse de l’exposition. Je regarde toujours ce que fait l’appareil. Mais je n’ai pas besoin de régler manuellement les trois paramètres à chaque photographie.
Et c’est précisément ce qui me permet de me concentrer davantage sur la photographie elle-même.
Je photographie principalement en RAW. Non pas parce que le RAW ferait de moi un meilleur photographe. Il ne le fera évidemment pas. Le RAW ne cadre pas à ma place, ne choisit pas le moment du déclenchement et ne remplace certainement pas mon regard.
Je préfère simplement conserver davantage de possibilités lorsque je développe mes photographies. Une exposition légèrement décalée, des hautes lumières à récupérer, des ombres à travailler, une balance des blancs à reprendre…Le RAW me laisse davantage de marge mais attention le format de fichier ne fait pas la photographie.
Et puisque je développe mes images ensuite, je préfère garder cette liberté.
Le choix entre RAW et JPEG intervient après une question beaucoup plus importante : « qu’est-ce que je veux faire de mes photographies ? »
J’ai d’ailleurs écrit un article consacré à cette éternelle question : Mais c’est quoi ce débat entre RAW et JPEG, on en est encore là ?
Je n’ai pas un réglage unique qui conviendrait à toutes les situations. C’est probablement l’une des rares choses que je préfère adapter à la situation.
En photographie de rue, je peux travailler en autofocus lorsque la scène évolue rapidement.
Cependant je peux vous livrer ce que j’utilise et qui est idéal pour moi le mode AF-C. L’appareil ajuste alors la mise au point en continu pour suivre le sujet tant que le déclencheur est pressé à mi-course.
- Commutateur avant : Positionnez-le sur AF-C (Continu)
- Mode de zone AF : Choisissez Zone (taille 3×3 ou 5×5) centrée ou légèrement décalée.
- Pourquoi ? Le X-T3 accrochera instantanément la forme ou la personne qui entre dans cette zone. C’est beaucoup plus rapide et permissif qu’un point unique quand on n’a qu’une fraction de seconde pour déclencher
- Détection des visages : Désactivée (OFF). En photo de rue, la détection des visages du X-T3 peut s’emmêler les pinceaux s’il y a une foule, des reflets ou des panneaux publicitaires. Il vaut mieux garder le contrôle de votre zone.
Dans d’autres situations, notamment lorsque je connais la distance à laquelle je souhaite photographier, une approche plus anticipée peut être intéressante.
C’est notamment là que la notion d’hyperfocale peut avoir son intérêt. Mais attention aux recettes toutes faites. Il ne suffit pas de fermer à f/8, de faire une mise au point « au tiers de l’image » et de considérer que tout sera automatiquement net. La focale, l’ouverture, la distance au sujet et le niveau de netteté recherché changent complètement le résultat.
Pour moi, l’hyperfocale est donc un outil supplémentaire surtout pas une obligation.
J’ai consacré un article entier à cette question : Comprendre l’hyperfocale en photographie de rue
Il serait facile de présenter cette méthode comme « la méthode Fuji ».
Ce serait une erreur. Ce qui m’intéresse ici n’est pas tellement la marque de l’appareil. Le principe peut fonctionner avec beaucoup d’autres appareils photo.
L’idée est simplement de décider quelles parties de l’exposition je souhaite contrôler et lesquelles je préfère déléguer à l’appareil.
Les Fuji ont cependant quelque chose que j’apprécie énormément dans cette approche : leurs commandes physiques rendent cette manière de travailler particulièrement naturelle.
Sur un X100F, un X-T3 ou un X-E2S, je retrouve cette philosophie de commandes directes.
Et c’est probablement aussi pour cela que j’ai continué à utiliser cette famille d’appareils après le X-Pro1 et le premier X100.
C’est peut-être finalement la chose la plus importante de cet article. Lorsque je sors photographier dans la rue, je ne veux pas penser en permanence à mon appareil.
Je veux regarder les gens.
- Les attitudes.
- Les gestes.
- Les rencontres.
- Les contrastes.
- La lumière.
- Les petits détails qui disparaissent quelques secondes plus tard.
- Une personne passe devant une vitrine.
- Un couple traverse la rue.
- Un enfant court.
- Un vendeur discute avec un client.
- Un passant regarde son téléphone.
- Une voiture traverse le cadre.
- Une ombre apparaît.
Si je dois alors me demander : « Est-ce que je suis à ISO 400 ou ISO 800 ? » , « Est-ce que je dois passer de 1/125 à 1/250 ? », « Quelle vitesse dois-je choisir ? » ,« Est-ce que mon exposition est correcte ? ».
Il est possible que le moment soit déjà passé. Le meilleur réglage est donc parfois celui auquel on ne pense plus.
Cette philosophie devient encore plus intéressante lorsque je voyage. Lorsque je découvre une ville que je ne connais pas, je ne sais pas à l’avance quelles seront les conditions de lumière.
Je peux commencer ma journée très tôt, photographier une rue en plein soleil, entrer dans une église ou un marché, ressortir dans une ruelle sombre, prendre le métro puis terminer la journée dans la lumière du soir.
Je n’ai pas envie de refaire mes réglages à chaque fois.
Mon réglage de base reste donc le même.
- ISO Auto 200–6400.
- Vitesse minimale 1/125 s.
- Ouverture choisie en fonction de la scène.
-
- Préparer l’appareil avant de sortir : Batterie chargée, carte mémoire, ISO Auto configuré, vitesse minimale réglée. Une fois dans la rue, je veux photographier, pas configurer.
- Choisir une ouverture qui correspond à ce que je cherche : Si je veux isoler une personne : j’ouvre davantage. Si je veux conserver le contexte : je ferme davantage.
- Accepter de monter dans les ISO : Je préfère souvent ISO 3200 avec une photo nette plutôt qu’ISO 400 avec une photo floue.
- Surveiller la vitesse réelle : 1/125 s est mon seuil de départ. Si je photographie un mouvement rapide, je peux décider de monter plus haut.
- Ne pas changer de réglage toutes les trente secondes : La lumière change. C’est normal. L’Auto ISO est justement là pour ça.
- Regarder davantage la rue que l’écran : Le meilleur histogramme du monde ne remplacera jamais ce qui est en train de se passer devant vous.
- Garder l’appareil accessible : Un appareil dans le fond du sac est beaucoup moins utile qu’un appareil prêt à photographier.
Il y a une différence importante entre photographier une ville que l’on connaît et photographier une ville que l’on découvre. À Paris, je sais parfois où la lumière va tomber. Je connais certains quartiers, certaines heures, certains passages.
À Barcelone, Londres, Tokyo ou dans une ville que je découvre pour la première fois, je ne sais pas forcément ce qui va se passer.
Et c’est justement là que la simplicité des réglages devient intéressante. Je peux marcher sans avoir à anticiper en permanence les changements de lumière.
Je peux entrer dans un marché, rortir dans la rue. Prendre un escalator, descendre dans le métro. Revenir au soleil.
Tout cela sans changer radicalement ma manière de travailler. C’est aussi pour cette raison que j’aime les appareils relativement compacts. Ils permettent de rester discret et de continuer à marcher.
Et en photographie humaniste, marcher est souvent beaucoup plus important que le matériel.
Je préfère être clair sur ce point. Mes réglages sont les miens. Ils correspondent à ma manière de photographier, à mes focales, à ma façon de marcher dans la rue et surtout aux images que j’aime réaliser.
Un autre photographe pourra parfaitement préférer d’autres réglages et tant mieux. Et cela fonctionnera tout aussi bien.
Le problème commence lorsque l’on transforme un réglage personnel en vérité universelle. Le bon réglage est celui qui vous permet de photographier sans vous battre avec votre appareil.
Je ne recommande pas ces vidéos comme des recettes à recopier. Elles sont plutôt intéressantes pour voir comment d’autres photographes configurent leur matériel et pourquoi.
Cette vidéo est intéressante parce qu’elle montre concrètement comment un photographe configure son X100F pour la photographie de rue. Les réglages présentés sont ceux de son auteur : l’intérêt est surtout de voir comment il construit son propre système de travail.
Nick Turpin explique également sa manière de préparer son X100F pour photographier dans la rue. Une vidéo particulièrement intéressante pour comparer différentes philosophies de prise de vue.
Cette vidéo est consacrée au X-T3 et revient notamment sur la vitesse, les ISO et les réglages utilisés pour la photographie de rue.
Gareth Danks dans cette vidéo propose des astuces pour la photographie de rue avec des réglages pour ses X-T3 et X100F.
Cette manière de travailler s’inscrit finalement dans une réflexion plus large sur ma pratique de la photographie de rue.
Comprendre l’hyperfocale en photographie de rue (Une autre manière de travailler rapidement lorsque l’on souhaite anticiper la zone de netteté).
Mais c’est quoi ce débat entre RAW et JPEG, on en est encore là ? Parce que le choix du fichier reste finalement beaucoup moins important que ce que l’on fait de ses photographies.
Les marqueurs temporels en photographie Une réflexion qui rejoint directement la photographie humaniste : photographier une scène, c’est aussi parfois conserver les traces d’une époque.
Si je devais résumer mes réglages en une seule phrase, ce serait probablement celle-ci :
Mes Fuji sont configurés pour que la technique s’efface le plus possible. Et finalement, c’est peut-être cela que je recherche depuis que je pratique la photographie de rue. Ne plus penser à l’appareil.
Elle se joue dans la seconde où l’on décide d’appuyer sur le déclencheur.



















